Message de Pâques 2011
Pâques, quand tremble la terre…
Selon l’évangile de Matthieu, la terre a tremblé par deux fois en cette fin et ce début de semaine du mois de nisan de l’an 30 : lorsque Jésus « rend l’esprit », « la terre trembla et les rochers se fendirent » (27,51) ; trois jours après, le matin de Pâques, des femmes viennent au tombeau pour prendre soin de son corps, et alors « il se fit un grand tremblement de terre ... » (28,2).
Il arrive donc que la terre soit prise de tremblements, que le sol se dérobe sous les pas de celles et de ceux qu’elle est censée porter. Les humains de tout temps en ont toujours su, pour leur malheur, quelque chose ; comme en ce début novembre 1755 qui vit Lisbonne rayée de la carte et, tout près de nous, Port-au-Prince dévasté, plus près encore le Japon mutilé. Ces drames meurtrissent celles et ceux qui en sont directement les victimes, mais blessent tout autant l’humanité dans son ensemble. Ils mettent rudement à l’épreuve notre solidarité humaine ; ils inscrivent sur écran géant ce que souvent nous expérimentons dans nos propres existences, sociales ou individuelles, lorsque le sol de la vie se dérobe sous nos pas : décès, maladies, ruptures, déclassements, misères, malheur tout simplement. « Où est Dieu ? », demande la créature écrasée. « Où est l’homme ? » répond l’écho de la conscience, quand à tant de malheur s’ajoutent l’imprévoyance, la recherche du seul profit, l’indifférence ou le renoncement.
Sur la Croix, Jésus meurt, déchiré par ce qu’il endure comme l’abandon de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » (v.46). Il rejoint, jusque dans les profondeurs de leur effroi, « les damnés de la terre » ; et la terre en tremble.
Mais aux ténèbres du Golgotha réplique la clarté des matins de Pâques : souffrances et tremblements non de mort mais d’enfantement. La terre tremble une fois encore, mais c’est pour la vie ; elle secoue l’inertie, la lâcheté et la laideur de la mort ; elle renvoie au néant les prophètes de malheur. L’angoisse n’est pas évacuée, mais surmontée, dépassée, ouverte à l’avenir ; engloutissant le malheur, la terre se découvre porteuse d’espérance. Aux femmes déconcertées et remplies de frayeur par ce qu’elles voient (ou plutôt ne voient pas), « deux hommes aux vêtements éblouissants » demandent : « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? » et, les détournant du ressassement du passé mort, les envoient vers un à-venir à accueillir et à construire (Luc 24,5ss).
Ainsi de l’humanité en ce matin de Pâques 2011 : à la suite du Christ revenu à la vie, il lui est proposé de ne pas rester corsetée par les bandelettes du repli et de la peur, mais, sans rien oublier, d’oser affronter les défis de l‘à-venir.
Puisqu’à nouveau, en 2011, Pâques est fêté le même jour par tous les chrétiens d’Orient et d’Occident, les diverses communautés chrétiennes de Strasbourg ont décidé de proclamer ensemble, comme en 2010, la joyeuse nouvelle de la Résurrection du Christ. Cette proclamation se fera sur le parvis de la cathédrale, le dimanche de Pâques, à 12 h 30. Puissions-nous être nombreux à nous rassembler dans la joie du Christ Ressuscité, le Vivant !
Jean-François COLLANGE
Président de l’UEPAL
Jean-Pierre GRALLET
Archevêque de Strasbourg
et le Conseil d’Églises Chrétiennes de Strasbourg